Baroque allemand
J. Ch. Bach: «Meine Freundin, du bist schön»
Kuhnau: «O bone Jesu»
J. S. Bach: Cantate 106 «Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit»
Johanna Ihrig, soprano
Alex Potter, alto
Anders Dahlin, ténor
Jonathon Adams, baryton
Bart Naessens, direction
BachPlus: un nom qui dit à lui seul l'essentiel du défi artistique que s'est lancé ce bel ensemble belge porté sur les fonts baptismaux en 2010 par la soprano Elisabeth Hermans et le claveciniste Bart Naessens. Faire vibrer la musique du grand Johann Sebastian, oui, mais pas seulement: la faire entrer en résonance aussi avec celle de son époque et de son cercle proche, incarné d'abord et avant tout par l'immense arbre de son nom. C'est ainsi qu'avant d'entendre s'élever en fin de programme l'une de ses plus anciennes cantates – la Cantate 106, plus connue sous le nom d'«Actus Tragicus», composée alors qu'il est encore en poste à Mühlhausen et qui compile à peu près toutes les formes et genres musicaux baroques: sonate instrumentale, chœurs libres et fugués, variations sur une chaconne, choral homophone, et même une coloratura virtuose semblant empruntée au monde de l’opéra –, on aura rendu visite à son prédécesseur au poste de Thomaskantor à Leipzig, Johann Kuhnau, ainsi qu'à l'un de ses aïeux, Johann Christoph Bach. Cousin de son père, demeuré sa vie durant fidèle à la bonne ville d'Eisenach, on sait qu'il était considéré par Jean-Sébastien comme le plus talentueux des créateurs de la dynastie. C'est en effet sa cantate Meine Freundin, du bist schön qu'il a le plus annotée (et même «pillée» comme il était coutume de le faire à l'époque) dans l'Altbachisches Archiv, ce corpus de manuscrits anciens de sa famille qu'on lui avait remis en 1735 à Leipzig et qui l'avait, dit-on, profondément ému. Il est un fait que l'œuvre en question est d'une rare audace: empruntant ses mots au Cantique des Cantiques, elle donne à entendre (et presque à voir!) une histoire d'amour d'une grande profondeur mais également sensualité, puisant sa charge érotique dans l'arsenal des affects et des passions baroques – soupir, chromatisme, chaconne obsessionnelle, et ce violon virtuose en mode stylus phantasticus donnant presque l'impression d'improviser…


